Comment les grecs faisaient-ils la guerre ?

Chez les Grecs, la guerre est naturelle, régulière. Elle témoigne de la farouche volonté d’indépendance de chaque cité-Etat, chaque peuple ayant par ailleurs une haute conscience ethnique de lui-même et de leurs spécificités propres, ce qui les fera se battre perpétuellement entre eux. Seules les guerres médiques feront cesser un temps soit peu les luttes internes entre chaque cité rivale.

 

L’armée grecque a peu à peu modifiée son approche de la bataille : il ne s’agit plus de duels individuels entre soldats de chaque armée comme à l’ère archaïque, duels que l’on retrouve dans les récits homériens, où la gloire individuelle et le duel aristocratique étaient recherchés.

 

Il s’agit désormais de former des unités de combat très organisées et compactes, les phalanges, qui sont constituées uniquement d’hoplites (infanterie lourde), afin de vaincre l’adversaire, pour le bien de la Cité. L’amélioration technique et tactique fera sans cesse évoluer la phalange grecque du VIIème siècle jusqu’à sa fin au IVème, supplantée par la phalange macédonienne, à la technique beaucoup plus flexible, et donc, adaptable.

 

L’armée active grecque se compose d’hoplites, des peltastes (infanterie légère), des cavaliers, des archers ainsi que des frondeurs.

 

L’armée active mobilisable athénienne est constituée des citoyens de 20 ans (à la sortie de l’éphébie), à 50 ans.

 

Les vétérans, (presbytaroï), formant la classe des soldats âgés de 50 à 60 ans- l’âge limite pour être soldat-, forment avec les éphèbes et les métèques l’armée territoriale. Ils sont chargés de défendre les frontières et les forteresses de l’Attique.

 

Chez les Spartiates, le maniement des armes et l’entraînement individuel au combat étaient enseignés lors de l’agôgè, et chez les Athéniens, lors de l’éphébie. En dehors de toute formation militaire obligatoire, ils pouvaient s’entraîner au gymnase et à la palestre pour se préparer au combat.

 

La tactique militaire de la phalange grecque

 

L’entraînement collectif de la tactique que requiert la phalange était très peu poussé : il s’agissait d’apprendre essentiellement aux soldats la conversion d’une formation de colonne en une formation de combat (lances dressées au-dessus des boucliers), ainsi que de reformer le plus vite possible le premier rang une fois les premières pertes essuyées.

 

Une phalange composée d’hoplites :

 

La phalange grecque se compose de 8 à 12 rangs d’hoplites selon les Cités, en ligne serrée (épaules contre épaules). Ils sont très bien protégés par leur panoplie, c’est-à-dire l’équipement complet du soldat, qui se compose comme suit :

 

Un équipement particulier nécessaire à la réussite de la phalange :

 

L’hoplite a un casque de bronze, qui protège sa tête. La plupart sont de type corinthien, qui dispose d’un protège nez et protège-joue. Vient ensuite la cuirasse, en bronze ou en cuir, qui protège sa poitrine. Pour limiter le frottement avec la peau qui serait désagréable, une tunique, le chiton, est mis en dessous. Puis sont installées les cnémides, qui protège les jambes.

 

Enfin, il dispose de l’aspis, bouclier rond et bombé. Il apparaît vers le VIIè siècle av JC. Contrairement aux boucliers de l’époque homérique, qui devaient se porter à bout de bras,l’aspis comportait une bande de cuir (porpax) sur la face interne pour y glisser l’avant-bras gauche, ainsi qu’une poignée (antilabé).

 

Cette innovation permettait aux hoplites de manœuvrer le bouclier bien plus facilement comme arme de défense, et la solide stabilité que permet le porpax permettait aux hoplites d’encaisser mieux le choc lors des corps à corps avec l’armée adverse, suite à une attaque au pas de course. Le fait qu’il ne soit plus porté à bout de bras, et la présence de courroies passant dans des œillères permettant de le porter sur ses épaules lors des marches, fatiguait bien moins l’hoplite également.

 

L’aspis couvrait en position de défense la quasi-totalité du corps. Il couvrait quasi-intégralement le côté droit du soldat situé à côté de lui, les rangs hoplitiques étant très serrés, et le diamètre du bouclier conséquent. Le fait de tenir sa position lors de la bataille étant donc très important pour rendre les rangs aussi hermétiques que possibles. L’aspispouvait parfois être accompagné de franges de cuir attachées à son bas, pour protéger d’autant plus les jambes.

 

En outre, sur le bouclier figurait en général un épisème : emblème destiné à la fois à identifier le guerrier et sa cité ainsi, suivant ainsi la courante superstition grecque, qu’à repousser le mauvais sort vers l’ennemi, lui conférant ainsi une valeur religieuse (apotropaïque)

 

Enfin, l’hoplite avait une petite épée portée dans un baudrier, qu’il utilisait au corps au corps, et bien sûr, une lance (dory), une longue tige de bois de frêne ou de cornouiller, faisant au moins deux mètres, dont une pointe de métal était fixée à son extrémité.

 

Les autres types de soldats

 

L’hoplite était accompagné du peltaste, fantassin léger, à l’équipement beaucoup moins important et lourd. Il possédait un bouclier en osier (peltè), bien moins solide, souvent couvert de cuir de mouton, ainsi qu’un javelot et une épée.

 

Il était accompagné également par des gymnètes : encore moins équipés que les peltastes, ils sont presque nus (gymnos= nu), ils ne sont vêtus que du chiton. Ils peuvent être archers, frondeurs, ou lanceurs de javelot (acontion), une lance en dimension réduite. Le rôle de ces deux types de soldats était de lancer leurs projectiles au début de la bataille et, après avoir sorti leur épée, de se replier ensuite derrière les hoplites qui attaquaient à leur tour. Avec les cavaliers, ils pouvaient poursuivre l’ennemi en déroute. Les gymnètes archers servaient de valet d’armes aux hoplites, l’aidant à revêtir la panoplie. Ils pouvaient également servir de cavaliers d’appoint.

 

Etant donné le faible coût de leur équipement, et le fait que leur intervention s’avérera de plus en plus décisive dans les batailles fermées, leur recrutement en tant que mercenaires barbares par les armées grecques augmentera au fur et à mesure de l’époque classique, et sera à son paroxysme lors de guerre du Péloponnèse.

 

La cavalerie

 

Les soldats grecs utilisent très peu les chevaux sur les champs de bataille, d’abord parce que la Grèce antique possède peu de prairies, les chevaux sont donc rares, leur nourriture étant loin d’être abondante. Par ailleurs, les chevaux grecs étaient considérés comme paresseux et peu faciles à dompter.

 

S’y ajoute le fait que la fourniture et l’entretien du cheval sont à la charge du cavalier, de sorte que seules les classes censitaires les plus riches, dont l’une d’elle s’appelait fort à propos « hippeis », soit les cavaliers, pouvaient servir dans la cavalerie.

 

Ces diverses raisons expliquent par exemple qu’Athènes n’a pas pu faire mieux que le déploiement de 1000 cavaliers, sous Périclès, ou bien que l’armée grecque importera des chevaux de Macédoine, des Tarpans.

 

A la guerre, les cavaliers sont donc peu nombreux, et servent à des missions de reconnaissance, et à poursuivre les fuyards, ou des soldats isolés de l’armée adverse. Ils protègent également les hoplites lors de leur attaque.

 

Les cavaliers sont dirigés et recrutés par l’hipparque, nommé par le peuple pour un an.

 

Ils n’ont que deux lances et une épée, et aucun équipement de protection (armure, bouclier, ou cnémides).

 

La hiérarchie militaire

 

Les troupes spartiates sont divisés en cinq régiments (mores), dirigés par des polémarques, qui eux-mêmes dirigent des lochages, chefs de bataillon, des pentécontarques, chefs de compagnie, et des énomotarques, chefs de section.

 

Le roi spartiate est le chef de guerre. Il participe toujours à la bataille.

 

A Athènes, l’archonte polémarque commande l’armée mais après la réforme de Clisthène en 487 av. J.-C., les magistrats étant désormais tirés au sort, les fonctions militaires étaient détenues par un stratège, plus homme politique qu’homme de terrain. La professionnalisation du stratège en tant que chef des armées aura lieu au cours du IVème siècle av. J-C, notamment sous Isistrate.

 

Le corps hoplitique est divisé en dix unités, qui regroupe les fantassins choisis dans chacune des trois tribus. Chaque unité a à sa tête un taxiarque, un chef de régiment. C’était un officier élu par le peuple, au manteau liséré de pourpre, marque de prestige, et donc, de richesse.[1]

 

Chaque tarxiaque nomme ensuite son chef de compagnie, les lochages.

Maintenant vous savez comment les grecs faisaient la guerre.


 

[1]La couleur pourpre était tirée de mollusques nommées « murex ». De ceux-ci, on faisait un pigment, qui servait à la fabrication de cette couleur. Ce processus coûtant cher, cette couleur était réservé aux individus et classes les plus prestigieux.

La Nouvelle Sparte

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