Sparte de Nicolas Richer

Lorsque l’on pense à une cité grecque, Athènes vient immédiatement à l’esprit. Cela est bien normal puisque celle-ci s’est illustrée à travers les âges grâce à des figures désormais intemporelles telles Platon ou Périclès. Malheureusement, un vilain bourdonnement résonne aussi dans nos oreilles à l’évocation du nom de la ville de la déesse Athéna, un bourdonnement pénible que l’on appelle démocratie. Cette nuisance auditive et cognitive émane le plus souvent du camp du bien, celui des guimauves post-modernes. Par contre, les réactions sont généralement toutes différentes dès que l’on parle de la ville de Sparte.

Depuis le film 300, inspiré par le comics de Frank Miller, Sparte est revenue dans l’imaginaire collectif en tant qu’allégorie du mâle alpha dominant. Je me souviens encore de la critique toute partisane du pseudo éducateur qui gérait l’espace détente de mon lycée : «  c’est un film raciste qui magnifie la pseudo supériorité des blancs sur les perses qui représentent en fait les émigrés ». Le film a déchaîné les passions c’est certain. Il aura au moins eu le mérite de remettre un épisode de leur propre histoire à un sacré paquet de jeunes européens.

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Au-delà du prisme déformant de Hollywood, il faut se pencher sérieusement sur une cité singulière, militariste certes, mais qui ne se résume pas à un rassemblement des pires bourrins de l’Europe méridionale. Le livre Sparte de Nicolas Richer remet les pendules à l’heure et constitue un ouvrage définitif concernant la cité Lacédémonienne. Il faut dire que l’auteur maîtrise parfaitement son sujet. Ce dernier est agrégé d’histoire et spécialiste de la Grèce antique (il a entre autre rédigé une thèse sur les éphores, les magistrats de la cité de Léonidas).

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L’intérêt premier de l’ouvrage est qu’il traite de tous les aspects de la vie des Spartiates ainsi que de leur histoire : art, système politique, religiosité, éducation, batailles connues et moins connues, etc. Tous ces thèmes sont développés sur des bases archéologiques mais surtout textuelles. En effet, un nombre conséquent d’informations nous est parvenu sur les Lacédémoniens, si bien que le portrait d’une cité-état singulière se dessine parfaitement bien au fil des pages. En dépit de la formation pour le moins académique de l’auteur, l’ouvrage demeure très accessible et ne devrait rebuter que les seuls réfractaires à la lecture en général.

Le deuxième intérêt de l’ouvrage, est de dresser le portrait d’un type d’homme, hélas ! aujourd’hui disparu, qui incarnait pleinement l’homme au sens de Vir. La notion de Polémos, c’est à dire de conflit, était constitutive de la vie de ces hommes. La notion d’honneur prenait aussi tout son sens. A titre d’exemple, revenir de captivité après une guerre, c’était s’assurer l’opprobre et le fait d’être rejeté de toute la communauté, à tel point que l’exil ou la mort devenaient les seules portes de sortie. Le livre fourmille d’exemples de virilité authentique ; l’inspiration pour redevenir ce que nous sommes se cache bel et bien derrière l’histoire de cette citée devenue mythique.

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En conclusion, le travail de Nicolas Richer nous permet de nous immerger dans une cité-état dont le nom résonne encore aujourd’hui. Plus que complet, l’ouvrage, je le répète, constitue une somme définitive sur le sujet. Il est aussi un témoignage important sur le fait d’être un Homme-Vir, un exemple du passé qui doit nous guider pour retrouver le plus qui est en nous.

Nicolas Richer, Sparte, édition Perrin, 2018, 400 pages, 25€.

Achille Baldure

La Nouvelle Sparte

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