Le paradoxe de la civilisation

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Description

En dépit de leur irréductible singularité, toutes les civilisations ne ces­sent de pour­suivre un objectif com­mun : mettre en forme le chaos du monde. Le pro­ces­sus civilisateur n’est rien d’autre qu’une ten­tative perpétuel­le­ment renou­velée pour domestiquer la na­ture, en l’homme autant que dans son environne­ment.

A partir de l’impul­sivité et de l’anarchie qui ca­rac­térisent l’innocence de la vie sau­vage, notre es­pèce s’ef­force d’éta­blir le règne pro­pre­ment cul­tu­rel de la con­corde et de la justice. Concrètement, cependant, les orientations civilisationnelles d’un peuple repo­sent toujours en leur fond sur une certaine idée de l’humanisme, qui sert de guide et d’horizon aux efforts de perfection­nement de l’ensemble du groupe.

Or, au gré des époques, notre re­présentation de l’homme a elle-même consi­dérablement évolué : tandis que l’Occi­dent moderne et chris­tia­nisé tend à éta­blir une césure radi­cale entre l’ordre de l’animal et l’ordre de l’humain, les philosophes antiques envisa­geaient plutôt les diverses compo­santes du réel comme les polarités orga­niques d’un tout dont rien ne sau­rait rompre la continuité. Aussi esti­mons-nous sou­vent au­jour­d’hui que le déve­loppe­ment de la civili­sation doit nous arracher à la nature, pour nous per­mettre d’ac­cé­der à une condition absolument supé­rieure à celle des bêtes, alors que nos ancêtres deman­daient seulement à la culture de raf­finer notre animalité, sans nous en ab­straire